Vous êtes dans l'une de ces situations ?

"Je n'aime plus mon métier actuel mais je n'ai aucune idée ce que je veux faire"
"Je veux trouver une activité professionnelle qui a du sens et qui est vraiment faite pour moi"
"J'en ai assez de faire ce métier uniquement pour des raisons alimentaires"
"Je m'ennuie au travail, je veux me donner une chance de trouver un métier plus motivant"
"Après un épuisement professionnel, je veux trouver un métier où je m'épanouis"
"Je veux mieux équilibrer ma vie personnelle et professionnelle"
"J'aime mon métier, j'aimerais le faire à mon compte mais ça me fait peur"
"J'ai créé ma petite entreprise mais cela ne se passe pas comme je l'imaginais"
"Je veux connaître mon ikigaï"
"Je veux vraiment évoluer dans ma vie professionnelle"

Si vous avez répondu OUI à une de ces situations, alors vous êtes au bon endroit. Votre nouvelle vie professionnelle peut trouver un nouveau cap dès à présent !

Q

Le deuil d’un rôle pour réussir sa reconversion professionnelle

Le deuil de rôle : un sujet peu évoqué, pourtant essentiel pour réussir sa reconversion professionnelle

Un matin, Camille a annoncé à son entourage qu’elle quittait son poste de directrice marketing pour créer une conciergerie dédiée aux locations saisonnières. La réaction la plus fréquente n’a pas été « pourquoi », mais « mais tu es tellement douée pour le ça ». Ça, c’était le rôle qu’elle avait mis 19 ans à façonner avec ferveur et abnégation. Ce jour-là, Camille n’a pas seulement changé de métier. Elle a commencé à faire le deuil de quelqu’un qu’elle n’était plus tout à fait, sous le regard de ceux qui continuaient à la voir comme avant.

Si vous êtes en reconversion, ou si vous y pensez très fort, vous connaissez peut-être déjà cette sensation étrange : vous avancez vers quelque chose de neuf et pourtant vous avez l’impression de perdre quelque chose. Ce n’est pas une contradiction. C’est un deuil. Le deuil d’un rôle de votre vie.

Pourquoi changer de métier ressemble à une perte

On associe spontanément le mot « deuil » à la mort d’un proche. Mais les psychologues du développement s’accordent depuis longtemps sur une idée plus large : on fait le deuil de tout ce à quoi on était attaché, y compris une image de soi, un statut, une identité sociale. C’est exactement ce que traverse une personne en reconversion : elle ne perd pas un être cher, elle perd une version d’elle-même que les autres reconnaissaient, validaient, sollicitaient.

Le psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross a modélisé les étapes du deuil (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) à partir de patients en fin de vie, mais son modèle a depuis été largement transposé aux pertes symboliques : perte d’un emploi, d’un statut, d’une identité professionnelle. Se reconnaître dans ces phases, sans se juger, est déjà une première étape pour avancer plus sereinement.

La chercheuse en management Herminia Ibarra, professeure à la London Business School, a consacré une grande partie de ses travaux à la question de l’identité au travail. Sa thèse centrale : on ne pense pas d’abord sa nouvelle identité professionnelle pour ensuite agir en conséquence, on agit d’abord, on expérimente, et l’identité se construit progressivement à travers ces expériences concrètes. Autrement dit, l’identité de reconversion ne se décrète pas dans un bureau, elle se fabrique sur le terrain, par tâtonnements.

Le consultant américain William Bridges, spécialiste des transitions, distingue quant à lui la transition (le processus psychologique intérieur) du changement (l’événement extérieur, daté, visible). Sa Transition Model repose sur trois phases :

  • la fin de quelque chose,
  • une zone intermédiaire souvent inconfortable qu’il appelle la « zone neutre »,
  • puis un nouveau départ.

Cette zone neutre, c’est précisément l’endroit où se loge le deuil de rôle : on n’est plus tout à fait qui on était, on n’est pas encore qui on va devenir.

Le regard des autres, ce miroir qui résiste au changement

Ce qui rend le deuil de rôle particulièrement difficile en reconversion, c’est qu’il ne se joue pas seulement à l’intérieur de soi. Il se joue aussi dans le regard des autres.

Thomas, 42 ans, était pompier depuis dix-huit ans quand il a décidé de se former à l’ébénisterie. « Tu es fait pour ça, on a besoin de toi », lui répétait-on. Ses collègues, sa famille, ses amis l’avaient connu dans un rôle précis : celui qui sauve, qui est fort, qui gère l’urgence. En se reconvertissant, Thomas ne renonçait pas seulement à un métier, il renonçait à la fonction sociale que ce métier lui conférait dans le groupe. Et le groupe, souvent sans mauvaise intention, cherche à maintenir chacun dans la place qu’il occupait, car cette place le rassure aussi, lui.

Le sociologue américain Erving Goffman a montré, à travers sa théorie de la présentation de soi, que nous jouons des rôles sociaux comme sur une scène de théâtre, et que ces rôles sont coconstruits avec notre public. Changer de rôle sans que le public change son propre scénario crée immanquablement un frottement. Ce frottement, ce n’est pas un signe que vous vous trompez. C’est simplement la preuve que vous êtes en train de changer pour de vrai.

Quatre conseils pour traverser ce deuil et en faire un tremplin

Le deuil de rôle n’est pas un obstacle à contourner à toute vitesse. C’est une matière première. Bien traversé, il devient le socle d’un projet professionnel plus incarné, plus aligné, plus durable. Voici quatre pistes concrètes pour l’alchimiser plutôt que le subir.

1. Nommer ce que vous perdez, avant de nommer ce que vous construisez

Beaucoup de personnes en reconversion se précipitent sur le nouveau projet sans avoir pris le temps d’honorer ce qu’elles quittent. Résultat : le deuil non traité ressurgit plus tard, sous forme de doute, de nostalgie, ou de sabotage inconscient.

Prenez le temps d’écrire, noir sur blanc, ce que votre ancien rôle vous a apporté : la reconnaissance, la compétence, le sentiment d’utilité, les liens tissés. Ce n’est pas de la complaisance envers le passé, c’est un inventaire nécessaire.

« On ne guérit d’une perte qu’en la reconnaissant pleinement, jamais en la niant. »

C’est l’esprit du modèle des cinq étapes du deuil formalisé par Elisabeth Kübler-Ross, où le déni est précisément identifié comme le principal frein à l’acceptation.

2. Accepter la « zone neutre » sans chercher à la raccourcir

Entre l’ancien rôle et le nouveau, il y a un entre-deux. William Bridges insistait sur le fait que cette zone intermédiaire, aussi inconfortable soit-elle, est le lieu même où se réorganise l’identité. Vouloir la brûler en accélérant à tout prix vers le nouveau statut prive souvent la reconversion de sa profondeur.

Camille, la future entrepreneure, raconte qu’elle a mis presque un an avant d’oser dire « je dirige une conciergerie» à voix haute, même une fois formée à ce métier. Entre-temps, elle n’était ni tout à fait l’ancienne directrice marketing, ni tout à fait la nouvelle professionnelle. Elle a appris à habiter cet inconfort plutôt qu’à le fuir.

Selon William Bridges, la zone neutre n’est pas un vide à traverser au plus vite mais la phase la plus créative de toute transition réussie.

3. Expérimenter avant de vous définir

Herminia Ibarra le rappelle avec force dans ses recherches : on ne trouve pas sa nouvelle identité professionnelle par introspection pure, assis à un bureau. On la découvre en agissant, en testant de petits projets, des missions ponctuelles, des rencontres avec des personnes du nouveau secteur visé.

Thomas, avant de quitter la caserne, a commencé par restaurer des meubles le week-end, puis a proposé ses services à un ébéniste local pour observer un vrai atelier. Ces expériences concrètes, modestes en apparence, ont fait bien plus pour la construction de sa nouvelle identité que des mois de réflexion solitaire.

Herminia Ibarra résume cette logique par une formule devenue centrale dans la recherche sur les transitions de carrière : « nous devenons ce que nous faisons, avant de faire ce que nous sommes devenus ».

4. Réécrire le récit avec les autres, pas contre eux

Le regard des proches n’est pas un ennemi à combattre, c’est un scénario à réécrire ensemble. Plutôt que de subir la phrase « mais tu étais tellement doué pour ton ancien métier », il est possible de raconter activement sa transition : pourquoi ce choix, ce qu’il révèle, ce qu’il ne remet pas en cause chez la personne qu’on a été.

Ne cherchez pas à convaincre tout le monde, laissez le temps faire son œuvre. Vos concrétisations petit à petit parleront davantage que vos explications.

Erving Goffman parlait de représentation sociale coconstruite : cela signifie aussi que vous avez un rôle actif dans la manière dont les autres réajustent leur perception de vous. Communiquer sur sa reconversion, la partager, l’expliquer avec ses mots, c’est donner au public de nouveaux indices pour réécrire le scénario avec vous, et non malgré vous.

La théorie de la présentation de soi d’Erving Goffman rappelle que toute identité sociale se négocie en interaction, jamais en solitaire.

Le deuil comme matériau de construction

Ce que Camille et Thomas ont en commun, au-delà de leurs métiers, c’est d’avoir compris une chose essentielle : le deuil de rôle n’est pas la preuve que la reconversion est un mauvais choix. C’est au contraire la preuve qu’un changement réel est en train de se produire. Un changement superficiel ne fait pas souffrir. Un changement identitaire, si, un peu, forcément.

Nommer ce qui se perd, habiter l’inconfort de l’entre-deux, expérimenter avant de se définir, et réécrire son récit avec ceux qui nous entourent : ces quatre mouvements ne suppriment pas le deuil, ils lui donnent une direction. Ils transforment une perte en matériau de construction pour un projet professionnel plus juste, plus incarné, et surtout plus durable.

Vous n’êtes pas en train de trahir qui vous étiez. Vous êtes en train de devenir, tout simplement, quelqu’un d’autre encore inconnu de vous-même, et c’est précisément ce qui rend cette période aussi précieuse qu’inconfortable.

POST-SCRIPTUM

Accepter que l’on perde un rôle, pas sa valeur personnelle, tel est l’enjeu prioritaire.
Nous confondons souvent notre fonction avec notre identité.
Pourtant, un métier n’est qu’une manière d’exprimer certaines qualités.

Votre empathie, votre créativité, votre sens de l’organisation, votre capacité à connecter les personnes entre elles par exemple …Ces ressources restent présentes, même lorsque votre carte de visite change.

Vous ne perdez pas votre valeur, même si les évènements qui vous ont convaincu d’évoluer les derniers temps n’étaient pas toujours une sinécure.
Vous changez seulement le décor dans lequel votre valeurs et vos qualités vont s’exprimer à présent.

Conseil :
Écrivez toutes les qualités que vos proches vous reconnaissent. Demandez-leur si vous ne l’avez jamais fait. Ils vont répondre avec plaisir pour la plupart.
Puis demandez-vous :
Comment pourraient-elles s’exprimer dans mon futur métier ?

 

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Séance Ressources | 1h30

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